Billet d’humeur, Colli Piacentini

« La légende prétend que les vrais amis sont ceux qui savent se reconnecter dans l’instant, se retrouver comme s’ils s’étaient quittés la veille […] ». Canoës, Maylis de Kerangal

J’ai lu cette phrase hier, elle a retenti. A fait écho à l’impression laissée par ces quelques jours durant lesquels je suis retournée, après de nombreuses années, dans le terroir viticole des Colli Piacentini. Retour aux sources. Les sources de l’adolescence. La certitude de retrouver les lieux et les gens tels qu’on les a connus n’est pas acquise. Le souvenir lui-même ou plus précisément, le souvenir qu’on en a gardé peut être fallacieux. Est-ce que mes amis me reconnaitront ? Serai-je encore capable de parler italien ? Pour dire quoi ? Et puis, les amis dont je me souviens si bien, qui ont un coin dédié dans mon coeur, sans doute m’ont-ils oubliée ? Après tout, je n’étais qu’une adolescente de passage, en villégiature. Trois semaines de vacances d’été, on se lie, on se voit presque tous les jours, on s’amuse, on s’attache, on se quitte en pleurant. Je pars, les vendanges, l’hiver, le printemps, je reviens, je repars, ensuite je deviens ce truc un peu chiant qu’on qualifie communément d’adulte, je ne reviens plus. Eux aussi deviennent des adultes, la vigne est toujours là, AOC depuis 1967. Et dans les collines, les vendanges rythment chaque année la fin de l’été qui estompe toujours plus le souvenir de mes séjours.

J’ai retrouvé tout d’abord les bruits et les silences de la colline. Du vert à profusion, épargné par l’urbanisation, un vert qui calme le rythme cardiaque. L’anxiolytique prend des vacances. Les routes sont mieux entretenues qu’autrefois, la 4G a planté sa tente dans un champ voisin, seul signe distinctif qui me signifie qu’on n’est plus dans les années 80. Les vignes règnent, un lièvre gambade, les coquelicots sont en fleur. Magique.

Samedi soir, je suis à la bourre, j’ai rendez-vous, retrouvailles avec mon amie. Toutes les deux, nous allons manger une pizza. On ne s’est jamais revues. On s’est donné rendez-vous. On ne sait rien de ce qu’il nous est respectivement advenu pendant toutes ces années. Est-ce si important de le savoir pour pouvoir se retrouver ? Retouche de maquillage à la va vite, j’attrape mon sac à main, elle m’attend devant la maison. Je descend les quelques marches du perron comme une adolescente qui part en soirée, les joues roses et la hâte de filer pour pouvoir se raconter. Ciao ! Come stai ? Elle n’a pas changé, ni elle, ni sa voix. Elle est jolie. La voiture descend par cette route toute en courbes, que je connaissais presque par coeur. Il n’y a pas de silence. Nous nous reconnectons comme si nous nous étions quittées la veille. C’est simplement comme si entre la veille et aujourd’hui, il s’était passé un tas de choses et qu’il faille débriefer le tout sans trop rentrer dans les détails. En allant à l’essentiel, chacune ayant son idée de ce que pourrait être l’essentiel. Chacune adhérant à l’essentiel de l’autre. La soirée file, la pizza est délicieuse, le crépuscule amène une petite fraicheur qui maintient le rose aux joues. Qu’importe, un pull et un verre de vin blanc du cru suffisent à réchauffer le corps, quand le coeur est déjà chaud. Il y a aussi ces moments tristes, quand on pense aux amis qui nous ont quittés trop tôt. Pour certains d’entre eux, je l’apprends durant notre conversation. Je ne les reverrai jamais… Je pleure. Des connaissances arrivent, je les reconnais, elles me reconnaissent, « Tu n’as pas changé ! Toi non plus ! » Discussions légères de retrouvailles au bar. Je retrouve mes marques, je me sens bien. Pendant ce temps, l’Italie devient la gagnante de l’Eurovision. La France est deuxième. Je plane bien au dessus du sujet.

Dimanche après-midi, ma peau respire, reconnaissante de ne plus avoir à lutter contre les particules fines pendant quelques jours. Mes cheveux sont du même avis. Une promenade s’improvise avec d’autres amis venus à ma rencontre. Avec l’une d’entre elles, les souvenirs remontent aux jeux de dinette dans la menuiserie de son père. Je ne me pose pas la question de savoir comment nous allons créer un pont entre la dinette et notre vie actuelle. J’ai raison de ne pas me la poser, car le pont se crée de lui-même. En amitié, pas besoin d’architectes. J’écris que le pont se crée de lui-même, mais nous savons qu’implicitement, notre amie commune disparue le mois dernier est l’instigatrice céleste de ces retrouvailles. Le frère de l’instigatrice céleste est venu me voir lui aussi. À l’époque, il ne fréquente pas trop ma bande, je ne le connais pas tant que cela. Je me souviens d’un beau gosse qui roule à moto. Pourtant, le lien est immédiat, l’instigatrice céleste disperse le fluide de l’amitié, nous nous parlons comme si nous nous étions toujours bien connus. C’est simple, spontané. Nous marchons, nous parlons. J’aimerais que cet instant dure plus longtemps. C’est aussi, je le sais, un geste un peu désespéré pour sentir la présence de l’amie disparue. Une vaine tentative de remonter le temps. Vaine tentative…, c’est l’antenne 4G plantée pas loin dans le champ voisin qui me le signifie.

Le crépuscule a peint le ciel en un orange très assorti au vert du terroir. Le réalisme lyrique des collines m’imprègne, je me promets de revenir bientôt.

Se retrouver comme si on s’était quittés la veille, comme dans les romans.

« La leggenda vuole che i veri amici siano quelli che sanno riconnettersi nel momento, ritrovarsi come se si fossero lasciati il ​​giorno prima […] « . Canoës, Maylis de Kerangal

Ho letto questa frase ieri, risuonava. Facendo eco all’impressione lasciata da quei pochi giorni in cui sono tornata, dopo tanti anni, nel terroir vinicolo dei Colli Piacentini. Ritorno alle origini. Le fonti dell’adolescenza. La certezza di ritrovare luoghi e persone come li conoscevamo non è certa. Il ricordo stesso o, più precisamente, il ricordo che se ne è conservato può essere fuorviante. I miei amici mi riconosceranno ? Sarò ancora in grado di parlare italiano ? Per dire cosa ? E poi, gli amici che ricordo così bene, che hanno un angolo dedicato nel mio cuore, probabilmente mi hanno dimenticata ? Dopotutto, ero solo un adolescente di passaggio, in villeggiatura. Tre settimane di vacanze estive, ci leghiamo, ci vediamo quasi ogni giorno, ci divertiamo, attaccati, ci lasciamo, si piange. Parto, le vendemmie, l’inverno, la primavera, torno, parto ancora, poi divento quella cosa noiosa che comunemente si chiama adulto, non torno più. Anche loro diventano adulti, le vigne sono ancora lì, DOC dal 1967. E in collina, le vendemmie scandiscono ogni anno la fine dell’estate, che offusca sempre più il ricordo dei miei soggiorni.

Per prima cosa ho ritrovato i rumori e i silenzi della collina. Verde in abbondanza, incontaminato dall’urbanizzazione, verde che calma il battito cardiaco. L’ansiolitico si prende una vacanza. Le strade sono meglio tenute rispetto al passato, la 4G ha piantato la sua tenda in un campo vicino, unico segno distintivo che significa che non siamo più negli anni 80. Le viti regnano sovrane, una lepre saltella, i papaveri sono in fiore. Magico.

Sabato sera, vado di fretta, ho un appuntamento, ricongiungimento con la mia amica. Si va a mangiare una pizza. Non ci siamo mai più viste. Abbiamo fissato un appuntamento. Non si sa cosa ci sia successo rispettivamente in tutti questi anni. È così importante saperlo per poterci ritrovare ? Ritocco di trucco in fretta, afferro la borsetta, lei mi aspetta davanti a casa. Scendo i pochi gradini del portico come una ragazza che esce la sera, con le guance rosa e la fretta di partire per potere raccontare. Ciao ! Come stai ? Non è cambiata, né lei né la sua voce. È bella. L’auto scende lungo questa strada sinuosa, che conoscevo quasi a memoria. Non c’è silenzio. Ci ricolleghiamo come se ci fossimo lasciate il ​​giorno prima. È come se tra il giorno prima e oggi ci fossero state molte cose da fare e si debba fare il debriefing di tutto senza entrare troppo nei dettagli. Arrivando al punto, ognuna con la propria idea di ciò che potrebbe essere l’essenziale. Ognuna aderendo all’essenziale dell’altra. La sera passa, la pizza è buonissima, il crepuscolo porta un po ‘di freschezza che mantiene rosa le guance. Comunque, un maglione e un bicchiere di vino bianco locale sono sufficienti per riscaldare il corpo, quando il cuore è già caldo. Ci sono anche quei momenti tristi, quando si pensa agli amici che ci hanno lasciato troppo presto. Per alcuni di loro, l’ho saputo durante la nostra conversazione. Non li rivedrò mai più … piango. Arrivano conoscenti, li riconosco, mi riconoscono: « Non sei cambiato ! Neanche tu ! » Discussioni leggere di bar. Ritrovo punti di riferimento, mi sento bene. Nel frattempo, l’Italia diventa la vincitrice dell’Eurovisione. La Francia è seconda. Riguardo a questo, mi sento fuori gioco.

Domenica pomeriggio, la mia pelle respira, grata di non dover più lottare contro le polveri sottili per alcuni giorni. I miei capelli sono della stessa opinione. Si improvvisa una passeggiata con altri amici che sono venuti a trovarmi. Con una di loro, i ricordi possono essere ricondotti ai giochi di tegamini nella falegnameria di suo padre. Non mi pongo la domanda di sapere come creeremo un ponte tra la dinette e la nostra vita attuale. Ho ragione a non chiedermelo, perché il ponte si crea da solo. In amicizia, non c’è bisogno di architetti. Scrivo che il ponte si crea da solo, ma sappiamo che implicitamente, la nostra comune amica, scomparsa il mese scorso, è la celeste istigatrice di questa riunione. Anche il fratello della celeste istigatrice è venuto a trovarmi. A quel tempo, non facevamo parte della stessa banda di amici, non lo conoscevo mica tanto. Ricordo un bel ragazzo con la sua moto. Eppure il collegamento è immediato, l’istigatrice celeste disperde il fluido dell’amicizia, ci parliamo come se ci conoscessimo bene da sempre. È semplice, spontaneo. Camminiamo, parliamo. Vorrei che questo momento durasse più a lungo. È anche, lo so, un gesto un po ‘disperato per sentire la presenza dell’amica scomparsa. Un futile tentativo di tornare indietro nel tempo. Tentativo fallito …, è l’antenna 4G piantata non lontano nel campo vicino a significarmelo.

Il crepuscolo ha dipinto il cielo di un arancione che si abbina perfettamente al verde del suolo. Il realismo lirico delle colline mi penetra, prometto di tornare presto.

Ritrovarsi come se ci fossimo lasciati il ​​giorno prima, come nei romanzi.

Traduzione in italiano realizzata con l’ausilio dell’intelligenza artificiale.

2 réflexions sur “Billet d’humeur, Colli Piacentini

    • Louise Adèle dit :

      Si la fragrance de ces retrouvailles a fait écho, j’en suis très heureuse. D’autant que pour cette chronique, les mots se sont alignés naturellement. L’exil offre parfois, il me semble, une certaine acuité.

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