Festival Oh les beaux jours ! J’aurais voulu être un acteur

Le festival littéraire Oh les beaux jours ! a pris ses quartiers le week-end dernier à Marseille, rendez-vous que je ne manque plus ! Dans mon agenda, un grand trait en diagonale traverse la page comme un Do not disturb et ce beckettien Oh les beaux jours ! se porte garant d’une météo radieuse.

Mon programme commence dès vendredi soir au théâtre de la Criée par un Repas de famille. Colombe Boncenne, Pierre Ducrozet, Yves Pagès, Guillaume Poix, Kinga Wyrzykowska, cinq écrivains se mettent à table. Un mois pour que chacun écrive sa partition, à peine deux jours de répétitions pour une représentation unique, mise en scène par Benjamin Guillard. Sur scène une longue table, autour les cinq écrivains. Drôles, névrotiques, imaginatifs, accompagnés au violoncelle par Maëva Le Berre, à tour de rôle, ils incarnent avec éloquence les personnages fictifs ou auto-fictifs de ce dîner. Je me laisse bercer par le signifiant, je ris, je réfléchis, un peu, pas trop, je ne pleure pas, je repense à mes repas, je ris encore, dans mon cortex les tableaux croisés dynamiques du boulot s’évaporent, substitués par le texte. Alignée, reconditionnée, je suis prête pour ce festival littéraire !

Samedi, dix minutes jusqu’au parking, ligne de métro 1, retour au théâtre de la Criée. La météo est assortie au festival. À la station St Just, une horde d’ados aux sacs Eastpak élimés envahit ma voiture. Une jeune fille à l’allure preppy me rappelle quelqu’un, je ne sais plus qui. Une actrice, ça me revient, Simone Tang dans Les cœurs serrés de Nils Malmros.

Petit théâtre, l’écrivain Grégoire Bouillier n’a pas voulu du canapé et préfère la chaise. Il demande Ça vous dérange si je vapote ? Non, cela ne nous dérange pas. Son roman Le cœur ne cède pas publié aux éditions Flammarion fait presque œuvre d’acte militant par sa longueur, plus de 900 pages. Dans l’audience, nombre de fans sont présents et l’ont lu. Le point de départ du roman : un fait divers. 1985, Marcelle Pichon, ancienne mannequin des années 1950 se laisse mourir de faim et tient le journal de son agonie pendant 45 jours. L’objet du roman n’est pas seulement l’enquête et les fouilles administratives imaginées, mais aussi un questionnement sur la littérature.

Une demi-heure plus tard, changement de thème. Rencontre entre une préhistorienne spécialiste des Néandertaliens, Marylène Patou-Mathis, et une auteure, Noëlle Michel, qui présente son deuxième roman publié aux éditions Le Bruit du monde, Demain les ombres. Un débat très intéressant nous est proposé. Avancées dans la recherche grâce à l’ADN, questionnements sur les hiérarchies établies entre espèces, et ce roman dans lequel des familles néandertaliennes nées d’un ADN pure souche sont l’objet d’une téléréalité pour les Sapiens que nous sommes.

Dimanche, même trajet, même météo, mais la température monte et je change de lieu. Rendez-vous au Conservatoire Pierre Barbizet. Julie Wolkenstein et Guillaume Poix nous attendent dans la salle Billioud. Cette rencontre est illustrative de l’intention de ces frictions littéraires : inviter au dialogue amical entre musique et littérature et ici, entre cinéma et littérature.

Le point de départ du roman Les vacances de Julie Wolkenstein, publié en 2017 chez P.O.L : un film d’Eric Rohmer, ou plus exactement, un long-métrage inachevé et jamais sorti au cinéma, adapté des Petites filles modèles de la Comtesse de Ségur. Julie Wolkenstein connaissait bien l’œuvre d’Eric Rohmer, mais pas l’existence de cette adaptation. J’avais envie de faire un roman universitaire, nous dit-elle. On pense à David Lodge, Philip Roth. Le château où s’était déroulé le tournage, elle le connaissait également. Un certain nombre de coïncidences, … et la naissance d’un projet.

Pour Guillaume Poix qui publie le roman Star aux éditions Verticales, le projet nait du fiasco intérieur de sa vie d’acteur raté. Je croyais que je voulais être acteur, nous raconte-t-il. De ce moment-là de sa vie auquel il veut rendre hommage, non sans plaisir et drôlerie, il imagine un personnage aux sentiments contradictoires, aux expériences catastrophiques, un aspirant acteur qui ne sait pas saisir les opportunités et qui, dès lors que le fantasme pourrait se concrétiser, recule.

Julie Wolkenstein et Guillaume Poix jouent tous deux avec la fiction, manipulent le faux et le vrai. Une adaptation cinématographique jamais sortie, un acteur disparaissant avant même d’avoir existé, enchevêtrement de la fiction et de la réalité, rencontre amicale entre littérature et cinéma. Tels sont parmi les points communs de ces deux romans.

Julie Wolkenstein ajoute Moi aussi je voulais être actrice. Peut-être que tous les écrivains sont des acteurs ratés…

Métro ligne 1, 10 minutes de voiture, un cabas en tissu rempli de livres dédicacés, je repense à ces adorables rencontres. Oh les beaux jours !

Festival littéraire Oh les beaux jours !
La 7ème édition s’est déroulée du 24 au 29 mai 2023 à Marseille