Billet d’humeur – Libellules

Hier j’en avais un peu marre, j’ai demandé à ChatGPT quand est-ce que la pluie allait s’arrêter de tomber. Il m’a répondu Tais-toi et nage. J’ai trouvé son ton paternaliste directif des années 80 moyennement appréciable, ça ne m’a pas plu du tout. Pendant quelques fractions de secondes, j’ai voulu me la jouer Rage Against the Machine et lui répondre F… you I won’t do what you tell me et puis je me suis ravisée. Aucune envie que ChatGPT boude et ne réponde plus lorsque je lui demande de retoucher mes selfies pour en extraire les comédons et les indicateurs dermatologiques du temps qui passe. Cette subordination me perdra sans doute.

Quoi qu’il en soit, je n’aime pas les gros mots, c’est mon côté précieux, call me Louise Adèle Bridgerton. Alors j’ai pris un kleenex et j’ai séché mon parapluie. Moi, ce que j’aime par exemple, c’est tandis que je joue l’Impromptu de Schubert No 3 au piano, que le chat pas artificiel de ma voisine rapplique et fasse semblant de m’écouter. J’aime aussi lorsque au printemps les libellules s’invitent dans ma véranda, que j’observe la gracieuse chorégraphie ailée de l’anisoptère, et que leur légèreté me contamine positivement.

D’une cause perdue à une libellule danseuse étoile, il n’y a, contre toute attente, que peu de distance car ce flux de pensée me ramène à une récente et courte discussion avec l’auteur François Bégaudeau, lors d’une séance de signature. Courte discussion pour cause d’affluence. La frustration était d’autant plus importante qu’une crise d’hypoglycémie m’a saisie dans la file d’attente. Je n’ai probablement rien énoncé d’intelligible. Deux minutes vous sont offertes pour vivre un moment. Il faut y être, rapide, pertinente, perspicace, souriante, taux de glycémie à bon niveau, game over Louise Adèle, suivant !

Si le souvenir de mon bafouillis est assez flou, je me rappelle plus clairement le conseil de François qui m’invitait à découvrir les publications de Cause Perdue Éditions, un collectif d’auteurs-éditeurs récemment fondé à Marseille et dont François Bégaudeau fait partie. Voici donc la source proustienne de cette vision de libellules rebondissant dans mon cortex et atterrissant sur ce billet d’humeur.

Après ma brouille avec ChatGPT, j’ai pris mon parapluie à deux mains, me suis rendue dans une librairie en quête de l’ouvrage potentiellement à l’image de mon humeur. Alors voilà, en attendant que les libellules reviennent danser dans ma véranda, je vais en apprendre plus sur ces danseuses ailées. Je sais comment faire. Ça s’appelle Je ne suis pas une libellule, c’est écrit par Gwenaël David, et c’est publié chez Cause Perdue Éditions.

Le chat de ma voisine est venu avec moi.

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